[Quatrième de couverture] #2 : Souvenirs du présent

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[Quatrième de couverture] est une série de chroniques basées sur des scénarios de jeux vidéo. Le but étant, telle une quatrième de couverture d’un livre, de vous présenter les bases d’une histoire et de vous donner envie d’en connaître la suite. Ces chroniques n’ont pas vocation à respecter strictement les détails des jeux dont elles sont inspirées.




L’ouïe, l’odorat, le goût, la vue et le toucher. Les cinq sens dont dispose tout être humain normalement constitué. Ils sont toujours considérés comme fondamentaux, comme étant la base de notre humanité. Et pourtant, ils ne sont que secondaires. En vérité, notre humanité ne repose que sur une seule chose : notre mémoire. A quoi bon entendre, sentir, goûter, voir et ressentir si nous ne nous souvenons de rien ? Sans mémoire, aucun de nos cinq sens n’a de valeur. Tout est lié à nos souvenirs. Autrement, nous ne serions que des créatures primitives dotées uniquement d’émotions brutes et privées de personnalité. Fort heureusement, la mémoire n’a jamais été menacée, si ce n’est par quelques maladies que nous avons fini par vaincre. Mais c’était sans compter sur les immenses progrès de la neuropsychologie réalisés par la société Memorize qui allait bouleverser l’équilibre du monde sans que personne ne s’en souvienne…

Un choc, une décharge dans tout mon corps, une explosion de douleur dans mon crâne… et puis plus rien. J’étais consciente, mais je me sentais terriblement faible. Je ressentis un violent coup dans mes côtes, un homme était en train de me demander quelque chose. Il cria en me frappant, jusqu’à ce que je comprenne sa question.

- En quelle année sommes-nous ? Réponds !


Pourquoi s’acharnait-t-il autant pour une question aussi banale ? N’importe qui auurait pu lui donner la date, nous étions en… en quelle année déjà ? Un doute terrible m’envahit. Je ne me souvenais plus ! J’avais beau chercher à me raccrocher à d’autres souvenirs, je ne me rappelais plus de rien ! La peur me donna la force d’articuler quelques mots :

- Qui… êtes-vous ? Qu’est-ce que vous m’avez fait ?


Visiblement impatient, l’homme fut pris d’un rictus et renouvela sa question en me menaçant de son poing.

- C’est moi qui pose les questions ici, compris ? Alors réponds !

- Je… je ne sais plus… je ne me souviens plus…

- Parfait. Et ton nom ? Dis-moi ton nom !


Encore plus simple que la première question, et pourtant… qui étais-je ? J’avais beau chercher dans les tréfonds de ma mémoire, je n’y trouvais que du vide, comme si je cherchais des fichiers sur un disque dur complètement effacé... mais il fallait que je réponde à cet homme, je ne voulais plus qu’il me frappe. Un éclair de lucidité m’apporta la seul fragment de souvenir qui semblait avoir survécu.

- Nilin…

- Quoi ?! Qu’est-ce que tu as dit ?!

- Je m’appelle… Nilin.


L’homme devint furieux et sembla s’adresser à quelqu’un d’autre :

- Chef, on a un problème. Encore une personne résistante à l’effacement mémoriel. Elle se souvient de son nom.


Une voix dans son casque lui donna un ordre et il se pencha vers moi.

- On dirait que tu vas avoir le droit au traitement spécial ma jolie. Allez, debout, et obéis au drone.


Il m’aida à me relever et me poussa hors de la petite salle en verre. Une machine volante s’approcha de moi et m’intima de suivre la ligne jaune au sol. J’avais la nausée, ma démarche était chancelante et ma vision se brouillait régulièrement, comme si mon cerveau recevait mal les informations envoyées par mes yeux. Il y avait plein de personnes en combinaison autour de moi. Aucune ne me prêtait attention. Je voulus m'en approcher, mais la machine me rappela à l’ordre en me repoussant vers la ligne jaune. Le pire dans la perte de la mémoire, c’est que je ne savais pas si j’étais entourée de médecins ou de dangereux scientifiques… la douleur dans mes côtes se raviva, comme si elle cherchait à me rappeler que cet endroit était plus proche d’une salle de torture que d’une chambre d’hôpital. Un voix résonna dans ma tête, elle était très lointaine :

- Lin… Nilin… Nilin ! Tu m’entends Nilin ?


J’avais l’impression d’halluciner, mais au point où j’en étais, je pouvais bien me permettre de parler toute seule :

- Quoi ?

- Nilin ! Tu dois sortir d’ici ! C’est compris ?

- Qui parle ?

- Un ami. Tu dois m’écouter. L’important, c’est que tu quittes cet endroit le plus vite possible, sinon tout sera fini.

- De quoi vous parlez ? Je ne comprends rien… je ne me souviens de rien…

- Ça va s’arranger. Pour l’instant, fais tout ce que... quand… le dirai… t’échapperas… sortie…

- Hé ! Je n’ai pas compris ! Hé ! Réponds !


La communication semblait rompue, comme si le signal avait été brouillé. D’ailleurs, comment avait-on fait pour discuter ? Qui était ce type ? Devais-je lui faire confiance ? Le robot rompit le fil de mes pensées en m’ordonnant d’attendre mon tour. J’étais dans une courte file d’attente, je remarquai que les quelques personnes devant moi avaient toutes quelque chose dans le cou. Une sorte de dispositif électronique. Etait-ce avec ça qu’il était possible de se parler à distance ? Un hurlement déchira le calme relatif du couloir. L’homme assis dans le fauteuil au bout du couloir tentait de se relever mais des flux colorés sortaient de sa tête, comme si on la vidait de son contenu. Les cris s’arrêtèrent aussi soudainement qu’ils avaient commencés et le corps de l’homme disparut quand le fauteuil s’enfonça dans le sol. J’avais un mauvais pressentiment, et je n’avais clairement pas hâte que mon tour ne vienne…




Il fallait que je parte d’ici. Mais comment ? Si seulement je pouvais recontacter mon mystérieux « ami »… Mais mon cerveau fonctionnait toujours au ralenti, et les sortes d’armures que portait le personnel me rappelaient que je n’étais pas en état de faire face à qui que ce soit. C’est alors que les lumières s’éteignirent et qu’un signal d’alarme retentit. Si les personnes de la file d’attente n’esquissèrent pas le moindre mouvement, les autres saisirent des sortes de bâtons en métal et partirent en courant. La voix résonna dans ma tête :

- Passe sous la porte, à gauche. Vite ! Dépêche-toi ! Je ne vais pas pouvoir les retenir très longtemps.


Pas question de laisser passer ma chance, je me précipitai vers l’ouverture. Du moins, c’est ce que je voulus faire, mais ma forme physique ne me permit que de clopiner jusqu’à la sortie. Par chance, ce fut suffisant et la porte se referma derrière moi.

- Dépêche-toi bon sang ! Il ne faut pas qu’ils te trouvent !


Facile à dire… je n’avais pas la force de courir…

- INTRUS DETECTE ! ACTIVATION DU SYSTEME DE DEFENSE !


Le mur sur ma droite explosa et un grand robot déboula dans le couloir. La peur aurait pu me pétrifier sur place et causer ma perte, mais au lieu de cela elle m’injecta une forte dose d’adrénaline : il était temps de courir. La machine s’élança à ma poursuite, démolissant tout sur son passage. L’instinct de survie prit le dessus sur tout ce qu’il me restait de conscience. J’obéis à tout ce que me dicta la mystérieuse voix dans ma tête et fis de mon mieux pour fuir. J'étais à un moment entrée dans une petite boîte et étais restée enfermée longtemps dedans au point de penser que je n’en sortirais jamais. J’avais ensuite marché dans des égouts et j’y avais vu des créatures étranges et menaçantes… Mes souvenir étaient flous, il me semblait m’être battue contre ces choses... Je repris finalement conscience au moment où j’arrivai à l’air libre, dehors. Le décor surréaliste qui apparut devant moi me coupa le souffle et me ramena à la réalité. Je ne me souvenais absolument pas de cette ville.




La voix résonna une fois de plus dans ma tête :

- Bravo frangine, tu as réussi !

- Frangine ?

- Je t’expliquerai. Ne t’inquiète pas, ça va prendre du temps mais tes souvenirs reviendront.

- Qui étaient ces gens ?

- Des employés de Memorize, la société qui a créé le Sensen, le Sensation Engine. C’est ce que nous avons tous d’implanté dans le cou. Ce dispositif permet d’échanger, transférer ou encore modifier des souvenirs. La population est devenue complètement dépendante, tout le monde va voir Memorize pour effacer ses souvenirs tristes ou douloureux.

- Qu’est-ce qu’ils m’ont fait ?

- Ils ont effacé ta mémoire. Par chance, ils n’ont pas eu le temps de le faire complètement. Sinon, tu aurais fini comme ces créatures dans les égouts.

- Mais pourquoi m’ont-ils fait ça ?!

- Avec sa technologie, Memorize peut manipuler n’importe qui en retouchant ses souvenirs. Leurs agissements sont devenus de plus en plus suspects et le peuple a commencé à se soulever. Certains d’entre nous ont développé une affinité particulière avec le Sensen et peuvent accéder à la mémoire des autres, voire même la modifier. Memorize traque et efface la mémoire de tous les chasseurs de souvenirs pour mettre fin au soulèvement.

- Qui suis-je dans tout ça ? Une chasseuse de souvenirs ?

- Par n’importe quelle chasseuse, frangine. Tu es la meilleure. Mais assez parlé, rends-toi au bar du Leaking Brain, un bon ami à toi t’y attend. Il t’expliquera ce que tu dois faire, et il te donnera une tenue plus discrète. On se parle plus tard !

- Attends !


Pas de réponse… j’étais toujours aussi perdue et désorientée. Mais au moins, j’étais hors de danger. Il ne me restait plus qu’à trouver cet endroit où je retrouverais mon ami… Encore faudrait-il que je me souvienne de lui ! L’essentiel, c’était que je savais désormais à qui je devais faire face : Memorize… ils paieront pour ce qu’ils m’ont fait subir. Je récupèrerai mes souvenirs, je trouverai la vérité, et je sauverai les autres chasseurs. Au sol, sur ma droite, un tract à moitié déchiré me donna la première pièce du puzzle : « Neo-Paris, 2084 ». Cette ville était donc Paris… quelques souvenirs me revinrent, et la frustration causée par le flou ambiant dans ma mémoire me rendit furieuse. Oh oui, Memorize allait payer, et le prochain qui me demanderait en quelle année nous étions allait sérieusement le regretter…
Le soleil levant me redonna de l’énergie. Je m’élançai dans la rue en direction du Leaking Brain, déterminée à prendre ma revanche.

✎ par Kaelin




Je m’appelle Nilin. Mon passé m’a été volé, je ne me souviens de rien. Memorize va payer pour ce qu’elle m’a fait subir. Il est temps pour moi de mettre un terme à leurs agissements, quitte à utiliser leurs propres méthodes.

(Cette chronique est inspirée du début du jeu Remember Me)

4 commentaires:

  1. Du coup c'est la Tour Eiffel qu'on voit dans le fond ? :)
    Joli récit, on a envi de la voir se battre maintenant !

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    1. Merci !
      La Tour Eiffel est bien présente dans le jeu (elle a été détruite puis reconstruite) mais l'histoire ne nous en approche pas. Le bâtiment au fond est le coeur de Memorize ;)

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  2. Heureusement qu'on passe au dématérialisé parce que sinon il faudrait agrandir les jaquettes ! ;)
    Même sans jouer ça donne envie de connaitre la suite...

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    1. C'est vrai que ça ne passerait pas au dos de la jaquette ! A la limite, ça pourrait le faire dans le livret de la bopite que personne ne lit. Mais même les livrets sont dématérialisés maintenant !
      Merci ;)

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