[Quatrième de couverture] #1 : La cité flottante

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[Quatrième de couverture] est une série de chroniques basées sur des scénarios de jeux vidéo. Le but étant, telle une quatrième de couverture d’un livre, de vous présenter les bases d’une histoire et de vous donner envie d’en connaître la suite. Ces chroniques n’ont pas vocation à respecter strictement les détails des jeux dont elles sont inspirées.




Mon nom est Booker Dewitt. Je crois qu’il s’agit là de la seule chose dont je suis sûr aujourd’hui. Mes souvenirs sont tous embrumés, flous, engloutis par des litres d’alcool. Ces mêmes litres qui m’ont ruiné et poussé au bord du gouffre. Ma vie n’avait plus aucun sens, et à vrai dire cela n’avait plus vraiment d’importance. J’avais tout perdu, alors j’en étais même arrivé à oublier ce que j’avais perdu. Ainsi mon existence était devenue vide, mon âme était en lambeaux et mon corps était la seule chose qui me maintenait dans ce monde. Je pensais mettre un terme à mon errance le jour où ils viendraient me demander de payer ma dette. J’étais fauché, alors j’étais certain qu’ils me tueraient en me voyant dans cet état. Au lieu de ça, ils m’ont emmené à un phare perdu au milieu de l’océan, en pleine nuit et sous une pluie battante. Ils n’ont pas arrêté de discuter entre eux, mais je n’arrivais même pas à me concentrer sur leurs paroles en partie inaudibles à cause de l’orage. Tout ce que j’ai réussi à entendre correctement c’est que la femme voulait que je rame, mais que l’homme affirmait que je ne ramais pas. Incompréhensible, il ne m’a pas proposé de ramer. À moins que je ne l’ai pas entendu. Ils m’ont abandonné au pied du phare en me confiant une boîte et en prononçant une simple phrase, celle que je devais absolument retenir : « Ramenez la fille, et nous effacerons la dette ».


Je crois que j’ai connu des employeurs plus exigeants mais leur comportement dénué de toute logique a poussé le peu de conscience qu’il me restait à me montrer vigilant. Encore que… à quoi bon ? De toute façon, je voulais mourir. Mais l’envie de connaître le contenu de la boîte a pris le dessus et je me suis empressé de l’ouvrir. Elle contenait un pistolet. Ah, évidemment, c’était donc ça. Ils m’avaient amené au beau milieu de nulle part pour que je mette fin à mes jours moi-même et que mon corps ne soit pas retrouvé. Un classique, je ne pouvais pas leur en vouloir. C’est alors que j’ai remarqué une photo attachée à la crosse de l’arme à feu. Une photo d’une jeune femme, déjà à moitié effacée par la pluie battante. Je n’avais jamais vu cette personne, pourquoi m’avaient-ils donné cette photo ? Ah, oui, c’est vrai, la fille que je dois ramener. Mais… un phare ? Sérieusement ? Pourquoi avaient-ils besoin de moi pour libérer une fille enfermée dans un phare abandonné ? Les ravisseurs ne devaient pas être plus d’une dizaine pour un cas comme celui-là, rien de problématique. Enfin bon, il n’était pas utile de me poser plus de questions. Je n’avais rien à faire d’autre et j’en avais marre d’être exposé aux intempéries, alors autant régler cette affaire au plus vite.



Bien sûr, il n’y avait aucun éclairage à l’intérieur du bâtiment, et aucun signe de vie non plus. Je crois me souvenir avoir déjà fait face à une situation équivalente. S’il y avait vraiment eu des ravisseurs ici, ils m’auraient sûrement abattu avant même que je ne puisse entrer. Non, il n’y avait personne ici, j’en étais convaincu. Depuis le bas de l’escalier, j’avais l’impression de percevoir une faible lumière deux étages plus haut. Bon, au moins allais-je peut-être trouver quelques indications. J’ai gravi les marches prudemment et sans faire de bruit. Comme je n’y voyais vraiment rien, il m’a fallu plusieurs minutes pour arriver à l’étage éclairé. J’espérais trouver quelque chose ou, au mieux, quelqu’un, et on peut dire que je n’ai pas été déçu. J’ai effectivement trouvé quelqu’un, mais mort. Le pauvre homme était assis sur une chaise, les poignets ligotés et un sac en toile de jute sur la tête. Une lampe de bureau mettait en évidence la phrase écrite en lettres de sang sur le mur : « Ne nous décevez pas ». Cette histoire de fille à ramener était déjà très confuse pour moi, mais alors là, j’ai complètement décroché. Cette phrase sanglante était la preuve évidente que mes employeurs étaient déjà venus ici avant moi, avaient assassiné cet homme, puis étaient venus me chercher pour m’amener là. Mais pourquoi diable n’avaient-ils pas ramené la fille eux-mêmes ? Cherchaient-ils à m’impressionner ? À me faire peur ? À me tester ?


Sur une table se trouvait un tableau indiquant des horaires pour se rendre à « Columbia ». Probablement une petite île touristique dans le coin. Qu’importe, j’avais une fille à trouver, alors j’ai continué mon ascension jusqu’au sommet du phare. Je m’étais demandé en arrivant pourquoi il n’était pas allumé. La réponse était simple : il n’y avait pas de lampe. À la place se trouvait… un fauteuil. Quel genre de cinglé pouvait avoir construit un phare au beau milieu de l’océan juste pour contempler les vagues ? Ma situation devenait de plus en plus problématique. Non seulement je n’avais pas trouvé la fille, mais en plus j’étais coincé là, seul avec un pistolet, un cadavre, et un fauteuil. Après avoir vainement tenté de trouver une solution, je me suis résolu à m’asseoir dessus. Ce qui m’étonnait le plus, c’était son parfait état. On aurait dit qu’il était neuf, comme si il avait été installé spécialement pour moi juste avant mon arrivée. Si le beau temps daignait revenir, je pourrais au moins profiter d’une belle vue avant de mourir assis sur un siège tout neuf au beau milieu de nulle part.


À peine m’étais-je assis que des pièces métalliques se sont refermées sur mes poignets, me menottant ainsi à ce qui s’apparentait de plus en plus comme ma dernière demeure. Des parois métalliques sortaient du sol tout autour de moi et m’enfermaient progressivement dans une sorte de prison minuscule. Le mécanisme a tout de même eu la bonté de placer un hublot en face de ma tête, me laissant ainsi au moins regarder par qui j’avais été piégé. Mais justement, alors que je m’attendais à ce qu’un homme se présente comme l’initiateur de cette mascarade et m’explique enfin la situation, personne n’est venu. Ce qui est d’autant plus gênant que je ne pouvais même plus m’achever avec le pistolet puisque j’étais plaqué au siège par toute une armature métallique. Les minutes s’écoulaient et je commençais à croire que la personne qui m’avait piégé m’avait oublié quand soudain le sol s’est mis à trembler. J’étais tellement dépassé par les événements que je crois que cela ne m’a même pas surpris. Le fauteuil aurait bien pu s’envoler que j’en aurais haussé les épaules si je n’avais pas été attaché. D’ailleurs c’est exactement ce qu’il a fait, toute la capsule de métal qui m’encerclait s’est envolée, propulsée par des réacteurs visiblement tout à fait opérationnels. Je crois que j’ai mal supporté le changement de pression dû à l’altitude car je n’ai aucun souvenir de la suite. Je me suis réveillé complètement sonné dans le fauteuil mais enfin détaché et libre de me relever. Une fois de plus, il n’y avait pas âme qui vive. Difficile de croire qu’il n’y avait personne derrière un tel moyen de transport… Je ne savais pas où j’étais, l’endroit était éclairé par des centaines de bougies et des chants religieux résonnaient. Un petit air de paradis m’étais-je dit, avec lequel l’arme à feu toujours à ma ceinture dénotait fortement.



Après quelques instants d’errance, je suis tombé sur un groupe de personnes en robes blanches, installés debout en arc de cercle autour d’un pasteur qui racontait quelque chose. Il y avait beaucoup d’eau dans cette pièce, elle leur arrivait aux genoux, mais cela n’avait pas l’air de les déranger. Dans quel endroit tordu le fauteuil volant m’avait-il emmené ? Il m’a semblé apercevoir une sortie au bout de la salle, alors je me suis faufilé parmi les prêcheurs en essayant de ne pas les déranger. Quand je suis arrivé à la hauteur de l’orateur, il m’a barré la route et m’a attrapé par les épaules. Il a crié quelque chose et m’a demandé si je voulais être lavé de mes pêchés afin d’être purifié. Je n’ai pas bien compris ce qu’il sous entendait, alors j’ai préféré acquiescer pour ne pas le contrarier. À cet instant, il m’a plongé la tête sous l’eau une bonne trentaine de secondes. J’ai bien cru qu’il comptait me noyer mais il m’a ensuite relâché et laissé continuer mon chemin en criant quelque chose d’autre que je n’ai pas compris. J’ai marché lentement vers la lumière, le temps de retrouver mes esprits. Le soleil m’a aveuglé, et quand j’ai recouvré la vue, c’est le souffle que j’ai eu coupé. J’étais dans le ciel, en pleine ville. Une ville flottante ! J’étais complètement abasourdi, comment quelque chose d’aussi grand pouvait flotter dans le ciel sans que personne sur terre ne soit au courant ? J’ai contemplé le paysage jusqu’à ce qu’un panneau donne tout son sens à la dernière phrase du pasteur : « Bienvenue à Columbia ! ».


✎ par Kaelin




Je m’appelle Booker Dewitt, j’ai été envoyé dans une cité flottante pour retrouver une fille. Je pensais laisser tomber mais le mystère s’est avéré trop grand et ma curiosité a été à nouveau éveillée. J’ai trouvé quelque chose à faire de mon existence. Il est temps pour moi de rembourser ma dette.


(Cette chronique est inspirée du début du jeu Bioshock Infinite)

3 commentaires:

  1. Sympa cette nouvelle chronique ! :)
    J'espère pouvoir bientôt en lire une sur un jeu auquel j'ai joué! :D

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  2. J'adore le concept !
    Quand on a pas joué au jeu, peut-être que les images insérées dans le texte peuvent "brouiller" la scène que toi tu es en train de nous raconter et que l'on s'imagine à notre manière.

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    1. Merci beaucoup !
      Très bonne remarque. J'ai ajouté les images pour faire honneur à la beauté du jeu et pour rendre le texte moins compact, mais c'est vrai que ça peut amener des contraintes à l'imagination des lecteurs... J'y réfléchirai pour la prochaine !

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