Shinsekai Yori, quand l'originalité nous surpasse

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Pour clôturer ma petite série de chroniques sur les animes japonais, je vous propose vous plonger dans voyage dont vous ne ressortirez pas indemnes. Je vous ai parlé récemment de Kyoukai no Kanata, une œuvre magnifique qui compilait ce que l’on pouvait attendre de mieux dans un anime. Mais qui dit compilation dit souvent déjà-vus. Kyoukai no Kanata ne laisse pas indifférent, c’est vrai, il vous chamboule, vous fascine, vous touche… mais fondamentalement, il n’est composé que d’éléments classiques de l’animation japonaise. Serais-je en train de revenir sur mes propos ? Ne vous méprenez pas, mon avis sur la grande qualité de cette histoire n’a pas changé. Mais depuis, j’ai visionné autre chose. Quelque chose de phénoménal, d’un tout autre niveau. Le genre d’anime dont vous ne vous remettez pas avant plusieurs jours et qui vous laisse une petite marque indélébile dans un coin de votre tête. Le genre d’anime qui vous surprend constamment, qui force le respect de par sa qualité constante et qui vous pousse à réfléchir sur ce que nous sommes. Le genre d’anime qui ne joue pas dans la même catégorie, qui casse les codes, qui joue avec vos nerfs avec une facilité déconcertante, et qui vous donne une leçon de vie. Allez, assez tergiversé. Aujourd’hui, nous parlons de Shinsekai Yori ! (Traduisez From The New World ou encore Du Nouveau Monde)


T'as de beaux yeux tu sais ?


Je vous l’annonce d’emblée, il n’y aura pas un seul spoiler dans cette chronique et je ne parlerai que très peu de l’histoire. L’intrigue est trop bien construite pour que je me permette de vous en gâcher la moindre miette ! Je vais donc vous expliquer ce qui fait selon moi de Shinsekai Yori un incontournable de l’animation japonaise. (Cet anime est destiné à un public averti)



« C’est quoi l’histoire ? »


De gauche à droite : Maria, Mamoru, Shun, Satoru et Saki


Dans un village japonais totalement isolé du reste du monde, les êtres humains sont capables d'utiliser un pouvoir de psychokinésie appelé Cantus. Quand leur pouvoir se révèle, les enfants assistent à un rituel de purification avant d'être envoyés dans une école spécialisée.


Saki, une jeune fille qui vient de retrouver ses amis d'enfance dans l'académie, y apprend avec eux à maîtriser ses nouveaux pouvoirs dans la plus grande insouciance. Mais derrière cette ambiance innocente circulent des rumeurs sordides que les adultes tentent d’étouffer. Suite à la disparition d'une élève, Saki et ses camarades décident de mener l'enquête afin d’élucider les mystères de l’école. En transgressant les lois du village, ils vont découvrir une sombre vérité sur l'origine de leur peuple et menacer l’équilibre de leur communauté. Le groupe d’amis comprend alors qu'avoir appris de tels secrets aura des conséquences particulièrement dramatiques sur leur avenir…



Une intrigue intelligente parfaitement servie par le format


Quelques courts flashbacks vous dévoileront des passages des premières années de la vie de Saki et de ses camarades


L'intrigue est découpée en trois arcs narratifs correspondant à trois périodes de la vie des personnages : leur jeunesse (12 ans), leur adolescence (14 ans) et enfin l'âge adulte (26 ans). Le passage d'un arc à un autre se fait par trois ellipses cruelles car totalement imprévisibles. D'un épisode au suivant, les années se sont écoulées et tous vos points de repères ont disparu. N'espérez pas un résumé des événements que vous avez ratés, les explications viendront progressivement, vous poussant à vous concentrer pour comprendre à la fois le passé et le présent. Un des points forts de Shinsekai Yori est qu’il s’assure que vous n’êtes jamais, mais vraiment jamais, en position de force. Vous découvrez son univers par les yeux des personnages qui n’y connaissent pas grand-chose non plus. Il y a toujours des questions en suspens et les ellipses arrivent pile aux rares moments où vous pensiez enfin avoir repris le dessus ! C’est très très ingénieux, rares sont les intrigues à aussi bien tenir la distance et sans être prévisibles. Les trois histoires n'en forment en vérité qu'une seule, tout est lié ! Le suspense et la tension ne cessent d'augmenter au fil des heures et vous feront transpirer en plus de vous empêcher d'aller vous coucher tant vous voulez voir la suite sans attendre ! Cela veut bien sûr dire que le début est plus calme… ou presque. Quelques phrases extrêmement marquantes sont prononcées dès les premiers épisodes et elles ne deviendront claires que lors des derniers. Quand je vous dis que tout est lié !
Sur les vingt-cinq épisodes, il n’y en a pas un seul qui semble inutile ou creux. Les ellipses permettent aussi de calmer un peu le rythme mais seulement pour permettre à l’ensemble de repartir de plus belle. Il n’aurait probablement pas été possible de mieux rentabiliser le temps alloué aux studios responsables de Shinsekai Yori. J’en tiens pour preuve qu’il n’y a même pas d’Opening (générique situé au début de chaque épisode, pratique extrêmement courante voire systématique dans les animes japonais), cela reflète complètement cette envie de bien faire et d’éviter de tomber dans la facilité. Et puis… quelle intrigue ! Quel scénario ! Une vraie merveille ! Cerise sur le gâteau : la fin n’est même pas frustrante, elle est tout à fait cohérente et réussie.

Remarque : L’épisode 8 est réputé « dérangeant » et laisse entendre une suite très bizarre à l’anime. Ne vous y fiez pas, il n’en n’est rien. Ce n’est que l’affaire de deux ou trois scènes très courtes qui suggèrent plus qu’elles ne montrent. Ne faites surtout pas l’erreur d’arrêter le visionnage pour si peu !



Un casting surprenant, des graphismes de pointe et une bande son onirique


C'est beau l'amitié !


Les dessins sont très beaux dans l’ensemble . On pourrait leur reprocher un manque de précision dans les détails à certains moment, mais il est difficile de le remarquer de toute façon tant le reste de l’anime vous subjugue… à ce propos, la bande son est sublime ! Elle colle parfaitement à l’anime et instaure une ambiance fantastique. Elle est notamment parfaitement utilisée pour renforcer le côté dramatique de l’histoire.

Parlons du casting maintenant : cinq jeunes japonais, deux filles et trois garçons. Un timide, un mystérieux plus intelligent que les autres, un qui n’a peur de rien, une qui réfléchit trop et une ravissante et adorable qui est toujours prête à donner de bons conseils. Pas de quoi remporter prix de l’originalité, à moins que… À moins que les apparences soient trompeuses et que ces personnages soient tous capables de vous surprendre bien plus que vous ne l’auriez imaginé ? Croyez-moi, vous n’êtes pas au bout de vos surprises



Implacable, impitoyable, cruel…


Ce regard effrayant résume assez bien ce côté impitoyable de l'anime…


Si un personnage doit mourir car cela est utile à l’intrigue, alors il mourra. N’espérez pas de résurrection miraculeuse, de sauvetages de dernière seconde ou de miracles. Non, Shinsekai Yori n’a aucune pitié, et vous le fera très vite savoir. L’anime n’est pas particulièrement gore, vous n’y verrez pas d’images traumatisantes par leur violence extrême, mais… je crois que leur impact vient de la façon dont elles ont été dessinées (souvent en couleur très contrastées pour masquer les détails). Les scènes violentes sont généralement très brèves, mais tellement impitoyables qu’il vous faut beaucoup de temps pour vous en remettre. N’allez pas fuir cet anime pour autant si cela vous effraie, ces scènes sont vraiment très ponctuelles.



Totalement imprévisible, « mind-blowing »


Les cheveux de Maria... un régal pour les yeux !


Pour que ce soit clair, mettons-nous d’accord sur ce que j’entends par mind-blowing (littéralement « qui vous explose l’esprit »). C’est au-delà de la simple révélation surprenante, c’est plutôt ce qui vous coupe – vraiment – le souffle. Vous voyez la fin d’Inception ? C’est mind-blowing, vous ne vous y attendez pas, c’est une énorme révélation ou surprise, et il vous faut du temps pour vous en remettre. Vous avez saisi l’idée ? Et bien sachez que dans Shinsekai Yori, vous subirez ça à presque tous les épisodes. Il y a constamment des révélations classiques auxquelles vous réagirez comme ceci : « Non ? Sérieux ? J’avoue, je l’avais pas vraiment vu venir, je n’y avais pas pensé. ». Mais quand il s’agit de mind-blowing vous réagirez comme ça : « QUOI ?! Impossible ! Non ! Je refuse de le croire ! Non ! Aaaaah ! ». Ne rigolez pas, c’est vraiment ça ! C’est à différents degrés, parfois vous vous en remettez vite, et parfois vous êtes encore sous le choc dix épisodes plus tard (non je n’en rajoute pas, il m’a fallu une semaine pour réussir à ne plus y penser, et encore une autre semaine après avoir terminé l’anime pour en digérer la fin). Autant vous dire que si vous aimez être dramatiquement surpris (il y a très peu de « bonnes » surprises dans cet anime, c’est d‘autant plus traumatisant), vous allez être servis. C’est limite un buffet à volonté de scènes mind-blowing !



Intégralement cohérent ?


Même Saki est KO à force de chercher à comprendre cette intrigue qui la dépasse !


Le problème avec les longues intrigues très complexes à la Inception (simple exemple pour que vous voyiez le genre, ce film et Shinsekai Yori ne sont en rien comparables), c’est qu’elles finissent bien souvent par être plus ou moins incohérentes. Cela peut aller du petit détail qui ne colle pas à l’événement majeur complètement improbable et exagéré. Est-ce le cas ici ? Comme vous vous en doutez, non. J’ai été très attentif tout au long de l’anime et ai même fait des recherches complémentaires pour vérifier certains points sensibles donc je pense pouvoir vous affirmer que TOUT est cohérent. Et vu la complexité de l’intrigue, je trouve cela impressionnant. Je n’ai relevé qu’un seul tout petit détail bizarre et négligeable, mais je pense qu’il s’agit d’un oubli plus qu’autre chose. Mais si vous remarquez quelque chose qui m’a échappé, n’hésitez pas à me le dire !



Dérangeant, perturbant… et crédible.


C'est sympa le Japon... Je n’imaginais pas ça comme ça, mais c'est sympa !


Il est facile de prendre de la distance avec une intrigue lorsqu’elle est clairement surréaliste et fantastique. Shinsekai Yori évolue dans un monde fantastique mais… probable. Bien sûr, il y a peu de chances que nous ayons un jour des capacités de psychokinésie, mais après tout, qui sait ce dont quoi seront capables la génétique et la science dans quelques siècles… Donc, même si la société humaine de cet anime n’est pas sensée se concrétiser, il n’empêche qu’elle nous pousse sérieusement à regarder d’un autre œil notre société actuelle. Car ce qui est très probable, ce que nous agirions de la même façon que les Hommes de cet histoire. Et ça, c’est dérangeant, très dérangeant… Shinsekai Yori va vous faire longuement réfléchir sur la notion d’humanité, au point de peut-être de modifier quelque peu votre vision du monde. Concrètement, vous vous direz souvent : « Ce qu’ils font est horrible… ce sont des monstres… mais… il n’y avait pas d’autre solution. ». Une remarque qui résume à elle-seule le terrible dilemme de cette société humaine implacable à l’équilibre précaire.





EN BREF : Shinsekai Yori est tout simplement un monument de l’animation japonaise. Son univers aussi crédible que dérangeant associé à son impitoyable cruauté donnent à son histoire dramatique une puissance psychologique considérable. À réserver toutefois à un public averti qui n’a pas peur de se plonger dans une intrigue complexe.


✎ par Kaelin



PS : Évitez le manga à tout prix, il est plein de fan-service (filles dénudées) alors qu’il n’y a AUCUNE scène de ce genre dans l’anime. Cette adaptation fait, je trouve, honte à l’œuvre originale.

2 commentaires:

  1. Félicitations pour cette chronique tout en simplicité mais au combien juste et qui fait honneur à l'anime!
    Bonne continuation.

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    Réponses
    1. Merci beaucoup, ce genre de compliment me va droit au coeur ! Ravi d'avoir été à la hauteur de l'anime !

      ~Kaelin

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