Les Petites Histoires : Sur le Fil du Rasoir

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Les petites histoires en paroles



Sur le Fil du Rasoir


“Et sonne le glas de notre ère
Lorsque se lèvent sur la dune
Des ombres, êtres de poussière
Pâles effrois d’une nuit sans lune”



- Dis, pourquoi les guerres recommencent-elles toujours ?

- Ce n’est pas évident à expliquer, d’autant plus que la réponse dépend du point de vue. Certains prétendent que c’est au contraire la paix qui recommence entre deux guerres. Cela dit, du fait de la prétendue nature belliqueuse des hommes, beaucoup disent comme toi que ce sont les conflits qui sont sempiternels. Mais… qu’en est-il si nous inversons ce raisonnement ? Pourrait-on alors dire que, du fait de la nature pacifiste des humains, la paix revient toujours ? Au final, l’homme cherche-t-il à imposer la paix à des guerres naturelles ou bien apporte-t-il la guerre dans un monde de paix ?

- Oh la la, c’est vraiment trop compliqué… Et au final, je ne suis même pas sûre d’avoir eu ma réponse. En fait, cela voudrait dire que même si les hommes cherchaient la paix plutôt que la guerre, les conflits resteraient inévitables ?

- Absolument. C’est le paradoxe de l’humanité : devoir se battre pour maintenir l’ordre, alors que le simple fait de se battre est source de chaos. Mais pourquoi la paix n’est-elle que temporaire ? Une fois instaurée, qu’est-ce qui l’empêche de perdurer indéfiniment ? Là est aussi la complexité du problème. Ce qu’il faut comprendre en vérité, c’est que l’ordre et le chaos sont interdépendants. S’il fait beau, le retour de la pluie est inévitable après un certain temps. Puis, le calme reviendra à nouveau après la tempête, et ainsi de suite.

- D’accord, pour la météo c’est évident car elle suit un cycle naturel indispensable au maintien de la vie sur la planète. Mais les hommes ? S’ils ne se battent pas, la planète y gagne ainsi que toutes les espèces vivantes. Rien ne les oblige à répandre le chaos.

- Ils s’obligent eux-mêmes à le faire, par nécessité. Réfléchis, une guerre éternelle et sans interruption conduirait bien sûr à la mort absolue. Mais faut-il pour autant une paix infinie ?

- Evidemment ! Le progrès scientifique associé à une instauration permanente de l’ordre porterait l’humanité à son apogée.

- Oui, c’est probable, et pourtant, ce serait un désastre. Atteindre un tel extrême n’est pas souhaitable. L’apogée de la violence amène une longue période de paix, mais la réciproque est vraie aussi. C’est pourquoi il faut trouver un compromis. Il faut maintenir l’ordre sans chercher à annihiler le chaos. Regarde, prenons par exemple une forêt où cohabitent renards et lapins. Partons du principe que les lapins incarnent la paix et qu’à l’inverse les renards correspondent à la violence. Il y a deux situations possibles. Dans la première, les renards prospèrent sans limite et dévorent tous les lapins. Très vite ils finiront par ne plus rien avoir à manger et les deux espèces s’éteindront. Dans la deuxième situation, une maladie a affaibli tous les renards qui ne parviennent plus à attraper leurs proies. Les prédateurs vont alors s’éteindre et les lapins devenir rapidement très nombreux. A un tel point qu’ils consommeront leur nourriture plus vite que la terre ne peut la produire, et que la famine conduira l’espèce à sa fin. Donc, tu vois, peu importe qui de l’ordre ou du chaos domine, l’apogée de l’un des deux finit toujours par amener à un désastre. Il en est strictement de même avec les humains. Sauf que nous avons réussi à rendre les choses encore plus complexes. Certains d’entre nous sont des renards, d’autres sont des lapins. Si l’un des deux groupes domine, nous courrons à notre perte.

- Alors que faut-il faire ? Sommes-nous condamnés quoiqu’il arrive ?

- Heureusement non. Il y a une troisième situation : l’équilibre. Dans celle-ci, les lapins tolèrent la violence des renards, et ces derniers ne cherchent pas à dépasser la limite du raisonnable mais plutôt à rester prudent afin d’éviter de se retrouver démunis en cas de maladie. Cet équilibre est donc possible grâce à deux éléments : la menace représentée par la maladie qui évite les abus de violence, et la peur d’une famine due à une surpopulation qui empêche l’ordre de se sur –développer et donc le pousse à ne pas souhaiter l’éradication du chaos.

- Est-ce la situation dans laquelle nous nous trouvons ?

- Nous avons effectivement atteint un certain équilibre. Mais il reste précaire et est menacé. Tandis que des hommes tentent d’éradiquer les maladies, d’autres repoussent les limites de la science pour envisager la colonisation d’un autre monde et ainsi éviter la surpopulation. Ces deux projets, pour peu qu’ils soient réalisables, prendront un temps faramineux. En attendant, ni l’ordre ni le chaos ne peuvent atteindre leur apogée. Bien, sur ce… As-tu compris ? Si oui, ce sera assez pour aujourd’hui.

- Je pense avoir saisi l’essentiel. J’ai simplement une dernière question. Le chaos n’avait-il pas atteint son apogée lors des Grandes Guerres ?

- Non, il n’y a pas eu d’extermination totale. Ces pics de violence n’ont pas suffi à briser l’équilibre. Maintenant, va, médite mes paroles et essaye de trouver toi-même les réponses aux questions qu’elles vont t’inspirer. Mais n’oublie pas que nous, nous ne sommes ni des renards, ni des lapins. Nous sommes les gardiens de l’équilibre.


Kaelin Chariakin



(http://grim962.deviantart.com/art/Equilibre-363884102)
Retrouvez d'autres somptueuses images réalisées par Victorien Grében sur son profil deviantart http://grim962.deviantart.com/

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